Pays Dogon, village de Neni (première partie)

– Dimanche 10/01/10 :  Paris aéroport Roissy Ch de Gaulle. Il y a de la neige et de la glace partout. Il faut dégivrer les ailes de l’avion.

Nous voyageons sur un vol affrété par Point Afrique, car nous voulons atterrir à Mopti. Nous décollons à 1heure du matin.

Arrivée à Mopti

– Lundi 11/01/10 : La nuit a été courte : Nous atterrissons à Mopti à 5h40 =4h40 (heure locale).

L’aéroport de Mopti, tout petit, ressemble plutôt à un hangar. En fait, il est situé à Sévaré…

  Tout de suite, nous retrouvons l’ambiance de l’Afrique (nous avions fait, auparavant, deux séjours au Sénégal). Il fait déjà chaud, malgré l’heure matinale…

La langue officielle au Mali est le Bambara, mais il y a beaucoup de dialectes différents…

Chaleur, poussière, odeurs, c'est l'Afrique que nous retrouvons...

Nos guides

A l’aéroport, nous sommes accueillis par Alassane Dicko, le guide malien qu’un ami français nous a recommandé. Il se révèlera être quelqu’un  sur qui on peut vraiment compter, attentif et débrouillard. Avec lui, nous continuerons le voyage après notre séjour à Néni. 

Il y a là également Ogobara Perou, le fils du propriétaire du « campement  » (sorte de guest-house) dans le village de Néni. C’est là que nous allons passer la première semaine de notre séjour au Mali.

Dans le « Natural Guide, » nous avions déniché l’adresse d’une association solidaire animée par un français installé là-bas, Pascal Demay. Il est marié avec une femme dogon et a fondé une famille à Néni, village de la falaise nord.

A Neni, chez Yacouba Perou: tél: 73 00 24 93  dogon@moncanoe.com, www.association-neni.org

Alassane Dicko, guide vraiment intéressant, drôle et débrouillard – tél :(00 223) 76 24 76 10 alassanedicko@yahoo.fr

« Une vraie rencontre avec le quotidien dogon »

C’est ce qui était mentionné dans le guide, et c’est bien vrai…  Nous avons vraiment été immergés dans la vie d’une famille pendant une semaine et avons pu rencontrer plusieurs personnalités du village, Pascal et Ogo étant nos interprètes et guides durant ce séjour à Néni.

En route vers Néni

Avec Alassane, Ogo et le chauffeur du 4X4, nous empruntons une route d’abord, jusqu’à Bandiagara…

Puis une piste cahotante jusqu’à Néni, en passant par Sangha.

 

Cultures d’oignons

La piste est bordée de champs d’oignons, surtout au niveau de Sangha, où un barrage sur la rivière permet l’irrigation. 

A partir de 1931, l’ethnologue Marcel Griaule a attiré l’attention de la France sur le Pays Dogon et la région de Sangha, où il a fait de nombreux séjours. 

Le CNRS finança le premier barrage, et d’autres par la suite, permettant ainsi le développement de la culture de ce légume qui peut se conserver longtemps et supporte bien le transport.

Bientôt, nous apercevons la belle falaise dogon...
... et le petit village de Banani, blotti au pied de la falaise

  On peut voir des lieux de sépultures dans la paroi verticale au-dessus du village

La falaise a été peuplée depuis les temps très anciens.  Les premiers habitants furent les Toloy, puis les Tellem, troglodytes, chasseurs et cueilleurs. 

Entre le IXe et le XIe s, des familles venues des Monts Mandingues s’installèrent le long de la falaise dans des maisons en terre qui se confondent avec la roche. Cet exode aurait été causé, entre autres, par le refus de l’islamisation, les Dogon étant animistes. Des vagues successives de migrants prirent possession de la falaise en chassant les Tellem. Un peu partout, on peut voir, dans les replis de la falaise, des vestiges de la présence des Tellem…

Notre logement à Néni

Nous arrivons à Néni en fin de matinée. Il fait maintenant très chaud… Pascal nous accueille dans le campement qui est, en fait, la maison de famille de Yacouba Perou, le père d’Ogobara et père adoptif de Pascal.

C’est là où nous allons loger jusqu’à samedi, jour où Alassane viendra nous chercher pour continuer notre voyage.

Pascal, coiffé du bonnet dogon, devant la maison où nous logeons à Neni.
Yacouba, le chef de famille...
Ogobara, son fils
Pascal
Sama, sa femme et leur petit bébé, Loïc
La cour des femmes
La cour au centre de la concession
Les femmes pilent le mil... tandis que l'homme prend le thé !
Femmes dans la cour
Femmes dans la cour

L’habitation dogon

Elle s’appelle  « concession » avec, au centre, la cour intérieure où la vie se déroule : les femmes y font la cuisine et la lessive, s’occupent des enfants, pilent le mil, brodent leurs pagnes, etc…

Dans la cour, il y a pas mal de bruits : les femmes rient, parlent et les enfants pleurent ou s’amusent. La vie y bat son plein toute la journée.

Le premier jour, on a un peu de mal à s’acclimater mais demain, déjà, tout ce vacarme semblera naturel…

Yacouba a trois femmes et beaucoup d’enfants de tous âges… Ogo est l’ainé il parle bien français et fait des études à Bamako, c’est sa soeur qui nous prépare nos repas, et il y a  beaucoup de petits frères et soeurs…

Tout autour, il y a les bâtiments en banco (en terre) : les greniers à mil avec leurs toits pointus et les cases d’habitation. Il y a aussi des « salles de bain » (une pour la famille et une pour les visiteurs).  Case sans toit où se trouve un grand récipient rempli d’eau chauffée par le soleil et une petite cuvette pour se doucher… Et c’est parfait !

Il y a aussi une grande et belle terrasse couverte et bien aérée où nous passons le plus clair de notre temps car dans notre « chambre », il fait trop étouffant.

Toutes les nuits nous y dormirons, sur des matelas au sol et c’est là aussi que nous prendrons nos repas, en compagnie de Pascal et Ogo, bien contents de partager un peu autre chose que leur éternelle bouillie de mil !

La terrasse où nous dormons

 

Les dogons sont de fameux sculpteurs

Yacouba possède une grande collection de statuettes dogons.

Il connait bien les objets anciens et, comme beaucoup de propriétaires de campements, il en fait aussi le commerce…

Les statuettes dogons sont très belles, ainsi que les fameuses portes sculptées.

Un tour au marché

Vers 15h30,  en compagnie de Pascal et Ogo, nous partons au marché d’Ibi, village voisin de Néni, installé au bas de la falaise.

Nous y goûtons la bière de mil, servie dans une calebasse… Ce n’est pas fameux, mais désaltérant.

Ce sont les femmes qui fabriquent et vendent cette boisson, ce qui leur permet de gagner leur argent personnel. Les marchés ont lieu tous les cinq jours. Ils durent toute la journée car il faut beaucoup de temps aux marchandes pour venir à pied depuis leurs villages avec leur marchandise sur la tête, souvent en empruntant des sentiers très raides dans la falaise.

Caïman sacré

Un peu à l’écart du marché, il y a la mare du village où se prélassent deux petits caïmans. Animal sacré, le caïman est respecté par les Dogons.

En Afrique, les enseignes de coiffeurs sont toujours savoureuses
En Afrique, les enseignes de coiffeurs sont toujours savoureuses

Le dîner dogon

Le repas du soir, pour les Dogons, consiste en une bouillie de mil épaisse, le « tô ». Yacouba nous convie à y goûter.

Il faut prendre un peu de bouillie de mil, la rouler un peu entre ses doigts… Attention, c’est chaud ! …Et la tremper dans la sauce verte, et, là, oh!!! quel goût infâme… La sauce verte et gluante est faite avec des feuilles de baobab séchées et pilées, des graines de caroube et d’oseille fermentées, de poisson séché, le tout encore agrémenté de graisse de mouton ! Et ils adorent ça !

Heureusement, nous ne sommes pas obligés de nous en contenter : pour dîner, nous avons droit à un plat de riz à la tomate, ça passe mieux !

Les femmes et les petits enfants mangent dans un coin de la cour… Les hommes et les garçons plus grands, dans un autre coin…Et nous, sur la terrasse avec Pascal et Ogo…

Ce soir, nous sommes bien fatigués. Nous nous glissons dans nos sacs de couchage sur la terrasse pour une nuit sous le beau ciel étoilé.

C’est la saison de l’harmattan, vent sec qui se lève tous les soirs et souffle en rafales assez fortes pendant la nuit, mais il n’est pas froid.

Un des nombreux enfants de Yacouba

A l’assaut de la falaise au-dessus de Néni

– Mardi 12/01/10 : Ce matin, après le petit-déj, nous partons à l’assaut de la falaise en compagnie de Pascal et Ogo. Ca grimpe et il fait déjà bien chaud. De là- haut, nous dominons le village.

On voit bien l’agencement de l’habitat dogon  :

Les pièces d’habitation à toits plats et les greniers à mil aux toits pointus s’organisent autour de la cour.

Le mil, céréale sacrée

Les Dogon s’interdisent la vente du mil, cette céréale sacrée reste dans les villages pour assurer la subsistance des habitants, ce qui évite la spéculation. Elle est stockée dans les greniers, toujours en épis et pilée au fur et à mesure des besoins. Les greniers peuvent contenir uniquement des épis de mil, ou avoir des compartiments : pour le mil, le fonio, les haricots, les graines d’oseille.

Habitations vues du haut de la falaise

 

 

L’échelle dogon

Pour monter sur les toits en terrasse, où sèchent les épis de mil et la paille pour les paniers, il faut utiliser l’échelle dogon typique. Elle est taillée dans une branche d’arbre.

C’est un peu casse-gueule, au début !

Heureusement, chez Yacouba, nous avons un escalier pour accéder à notre terrasse !

L’après-midi, nous allons voir le sculpteur du village.

Assis dans sa cour, nous l’observons sculpter une figurine féminine dans un bloc d’acacia très ancien, donc très dur, à l’aide d’une petite herminette de sa fabrication et des outils très sommaires. Cette petite statuette est maintenant chez nous !

 

Sculpture en cours de réalisation
Sculpture en cours de réalisation
 
Pas facile de marcher dans les ruelles du village !

Le soir tombe très tôt et il faut rentrer au campement, situé tout en bas de Néni, le long de la piste.

Les ruelles du village sont encombrées d’éboulis rocheux qu’il faut escalader.

Nous croisons une vieille femme avec une calebasse sur la tête qui passe de rocher en rocher… Pas facile de se déplacer ici quand on est âgé ! Les allées sont pleines de gros blocs rocheux qu’il faut escalader ou contourner.

De plus, à 18h30, il fait tout noir, il n’y a pas d’électricité ici. Pour marcher dans le village le soir, il ne faut pas oublier sa lampe de poche !

 
 

Les maisons sont construites à flanc de montagne sur des blocs de roches et, pour compenser les inégalités du sol, les bâtiments sont surélevés par des pierres.

 

Hors de portée des chêvres

Le village est plein de chèvres qui vagabondent entre les rochers et se prélassent sur les pierres chaudes.

Les bottes de mil sont mises à sécher en hauteur hors de leur atteinte… Toute la journée, le village retentit de bêlements intempestifs.

« Séo, séo », le salut dogon

Quand des Dogons se rencontrent, ils se saluent en répétant au moins 5 ou 6 fois « Séo » « …séo » « …séo »… Ce qui signifie « ça va? » 

Ensuite, ils demandent « la famille, ça va ? », « la santé, ça va ? », « les enfants, ça va ? ». Tout ça dure un bon moment… Et ça se répète plusieurs fois par jour… »séo », « séo », « séo »…

 

Puiser l’eau, la tâche des femmes (entre autres)

– Mercredi 13/01/10 : Au lever du soleil, les femmes vont tirer l’eau au puits dans la plaine qui s’étend au pied de la falaise…

Ensuite, elles doivent remonter l’eau sur leur tête au milieu des éboulis de rochers, avec leur enfant dans le dos…

La « togu nà », ou case à palabres

C’est l’endroit où se tiennent les réunions, les discussions et les jugements.

Au pays dogon, elle est formée de piliers sculptés supportant une lourde plate-forme de rondins recouverts de branchages bottelés. Tous les sept ans, la toiture est restaurée en ajoutant une couche supplémentaire de branchages. Cela en augmente l’épaisseur et maintient une relative fraîcheur dessous. Sa hauteur est volontairement réduite pour que tout le monde soit assis à égalité et empêcher les bonds de colère !

Les femmes n’ont pas le droit d’y entrer.

 

La maison du Hogon

Sur les hauteurs du village, se trouve la maison du Hogon, le chef spirituel.  Elle est peinte de motifs triangulaires blancs et noirs et surmontée d’oeufs d’autruche, symboles sacrés.

Le Hogon règle les conflits, préside les cérémonies et les rituels et vit à l’écart pour ne pas être souillé au contact de personnes impures.

Et la maison des menstrues

En haut du village, sous l’à-pic de la falaise, on voit les ruines du vieux Néni…

Ainsi que la « maison des menstrues » où les femmes sont reléguées pendant leurs règles, le sang étant un symbole d’impureté chez les Dogons.

Elles sont alors « impures » et exclues de la vie du village pendant toute cette période car elles ne doivent pas croiser la route des autres villageois !!!

La pâte d’arachide

Nous redescendons au campement.  Dans la cour, les femmes font de la pâte d’arachide. Elles passent les graines à la moulinette, puis elles pressent la pâte obtenue dans un mortier pour en extraire toute l’huile. 

Elles la malaxent longtemps puis elles la coupent en morceaux et la font cuire avec de l’oseille, c’est le « tigoudiou »…

Demain, elles iront le vendre au marché de Sangha.

Yannick qui a goûté un peu de pâte d’arachide (sans oseille) trouve que ce serait meilleur avec du sucre, ce qui les fait beaucoup rire !

Il faut bien presser la pâte pour en extraire l'huile
et la couper en morceaux...
et la couper en morceaux...

Dans la dune

Cet après-midi, après la sieste obligatoire (il fait très très chaud), nous partons faire une belle promenade jusqu’à la dune qui s’élève face à Néni.

Entre falaise et dune, s’étend une grande plaine où est cultivé le mil à la saison des pluies.

Actuellement, les Peulh y font paître leurs troupeaux de chèvres et zébus. Nous cheminons parmi les tiges de mil sèches, les buissons d’épineux, les acacias et les baobabs…

Nous grimpons en haut de la dune de sable d’où nous avons une vue magnifique sur la falaise et les villages étendus sur ses contreforts…

Après un peu de repos, nous prenons le chemin du retour. C’est le soir et les grands troupeaux rentrent sous la garde des éleveurs peulh.

Nous pouvons apercevoir leurs huttes de paille et de branchages… La lumière du soir est très belle…

Face à nous, se dresse une grande dune de sable, preuve qu'il s'agit là du lit d'un fleuve très ancien.
C'est là, dans la grande lumière et ces grands espaces sauvages que l'on ressent toute la puissance d'envoûtement de l'Afrique...

Dans la cour de notre campement, il y a une réunion d’hommes qui rentrent d’une journée de condoléances dans la famille d’un défunt. Les discussions et salutations vont bon train et nous savourons ces palabres auxquels nous ne comprenons rien mais qui nous enchantent ! Ensuite, ils partagent le « tô » et la sauce verte qui pue ! Nous, nous allons nous régaler de patates douces cuisinées, c’est bien meilleur…

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